Nous remercions chaleureusement Monsieur Marc Monfort, logopède, directeur du centre «Entender y Hablar» de Madrid, pour la rédaction de cette page.
Le terme “dysphasie” se réfère à un ensemble de symptômes interprétés comme le résultat d’un trouble spécifique du langage (donc identifié en origine par l’exclusion d’autres étiologies plus générales) et considérés comme «graves» par leur persistance dans le temps, au-delà de l’âge de 6/7 ans.
La plupart des auteurs, mais pas tous, considèrent que le langage des enfants dysphasiques montrent un certain degré de déviance par rapport au modèle général du développement du langage: la persistance des troubles et cette déviance constitueraient alors les critères différentiels par rapport à des troubles spécifiques plus légers («retard de langage») qui représenteraient alors plutôt la partie «basse» de la distribution normale des habiletés langagières dans la population.
Ce débat «retard/déviance» est parfois considéré comme purement théorique: à partir d’une différence significative entre le niveau de langage d’un enfant et le reste de ses aptitudes cognitives, affectives et sociales, il est difficilement concevable qu’un «acte de langage» de sa part, considéré dans son ensemble et non pas dans chacune de ses caractéristiques isolées, puisse être semblable à celui que produirait un enfant plus jeune dont le développement serait homogène.
Face à une déviance «primaire», structurelle, on peut envisager aussi une déviance «secondaire» où s’intègrent les modes de compensation, naturels ou enseignés, mis en place par l’organisme de l’enfant pour surmonter ses difficultés: c’est le propre d’un trouble développemental.
La dysphasie recouvre un échantillon extrêmement large de symptômes et de cas particuliers selon l’extension et la gravité des symptômes: cette variété a induit certains auteurs à proposer des classifications en sous-groupes: les plus connues sont celles de Rapin et Allen en anglais et de Gérard en français, assez semblables en tous cas dans leur formulation externe. Il est important de rappeler qu’il s’agit de classifications symptomatologiques qui ne reflètent que le moment présent: un enfant peut donc changer de sous-groupe au cours de son évolution.
L’adjectif «spécifique» doit lui-même être considéré comme relatif: quand l’on sait l’importance du langage pour le développement cognitif, affectif, social et instrumental, il est difficile d’envisager le cas d’un enfant dont le langage serait gravement perturbé et qui ne présenterait aucune autre difficulté dans son développement.
Toutes les études montrent d’ailleurs une prévalence beaucoup plus élevée chez les enfants dysphasiques d’une longue liste de troubles qui couvrent le cognitif, le perceptif, le psycho-moteur, l’affectif….et bien sûr les difficultés scolaires: discerner dans tout cela ce qui serait secondaire aux troubles du langage de ce qui serait primaire, dérivé d’une pathologie donc plus générale, en amont, est encore aujourd’hui une chimère.
D’autre part, l’acceptation de la «spécificité», donc l’assomption d’une étiologie propre et différenciée, modulaire en quelque sorte, pose directement le problème de la co-morbidité, c’est-à-dire la présence simultanée chez un même enfant d’un trouble spécifique de la capacité à développer le langage et celle d’un handicap comme la surdité, le retard mental, une IMC…etc ; l’analyse des symptômes dans ces cas est évidemment beaucoup plus compliquée ainsi que l’identification des troubles dysphasiques mais l’existence de ces enfants «pluri-handicapés» ne peut être niée.
Les troubles spécifiques du langage occupent un segment aux frontières imprécises dans le continuum qui va de la «normalité» (qui offre également différents niveaux selon les individus) jusqu’aux troubles du langage associés à des pathologies considérées comme plus générales: c’est surtout le cas des troubles envahissants du développement, dans ses formes moins sévères (syndrome d’Asperger et TED non spécifié). Concrètement, l’existence même du «syndrome sémantique –pragmatique» ou du «trouble pragmatique du langage» , différencié des Troubles Envahissants du Développement est même parfois rejetée ; ces enfants combinent en effet des symptômes langagiers assez particuliers et des déficiences au niveau des habiletés sociales ; dans tous les cas, le diagnostic différentiel est malaisé faute de moyens d’évaluation quantitative (surtout en pragmatique) et de l’absence de consensus sur des critères stables de diagnostic ; il est la plupart du temps reporté à l’âge de 8 ou 9 ans, voire plus, en fonction de l’évolution, parallèle ou non, des progrès langagiers et des progrès en habiletés sociales.
Marc Monfort, en collaboration avec Adoración Juárez et Isabelle Monfort Juárez, est l’auteur de plusieurs ouvrages liée sur l’évaluation et l’intervention auprès des enfants présentant une dysphasie.
L’intervention langagière dans les troubles graves du développement du langage et les dysphasies développementales Ortho-édition (Isbergues-France)
Les troubles pragmatiques chez l’enfantOrtho-édition (Isbergues-France)
L’esprit des autres 1 et 2 Ortho-édition (Isbergues-France)
Approches thérapeutiques en Orthophonie: Intervention auprès des enfants présentant une dysphasie développementale Ouvrage collectif dirigé par Thierry Rousseau, Ortho-édition (Isbergues-France)
Compétences cognitives, linguistiques et sociales de l’enfant sourd: Dysphasie et surdité
Pour plus d'information: info@dysphasie.ch