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Réseau suisse pour la dysphasie: trouble spécifique du langage oral
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Dyspraxie - 6ans

Soumis par redaction le jeu, 01/02/2007 - 00:44
  • témoignages

Notre enfant qui a aujourd’hui 6 ans est dyspraxique.

Il est le troisième enfant d’une fratrie de 4, avec un frère de cinq ans son aîné et une sœur de trois ans plus âgée.
Ma grossesse ainsi que sa naissance se sont déroulés sans aucun problème. Tout petit, notre enfant a toujours été souriant, très communicatif et très intéressé par les autres. Son développement général ne nous a jamais créé de souci.

D’un point de vue du langage, notre aîné a commencé à parler entre 18 mois et deux ans et notre deuxième a attendu deux ans et demi et n’a parlé que lorsqu’elle a été capable de faire des phrases.

Vers deux ans, il ne s’exprimait que par quelques sons assez limités. A deux ans et demi son petit frère est né. Il a continué à faire de rares progrès, ce que nous avons attribué à une régression due à la naissance de son frère. Son langage habituel ne contenait que quelques mots ou sons, mais par ailleurs il pouvait tout à coup dire spontanément un nouveau mot pratiquement sans erreur, mais était incapable de le répéter. Ne connaissant pas le phénomène de la dissociation automatico-volontaire, nous avons pensé pendant quelques mois que son langage exploserait en temps voulu comme dans le cas de sa sœur. Par ailleurs, il était tout à fait capable de se faire comprendre par un langage non verbal, sa compréhension a toujours été adéquate en fonction de son âge et il a toujours recherché le contact des autres enfants comme celui des adultes.

Vers l’âge de trois ans, notre enfant a entamé un bilan, puis une thérapie orthophonique. Ce dernier a montré qu’il était incapable de prononcer la grande majorité des sons et que malgré toute sa bonne volonté, il n’arrivait pas à reproduire des sons simples, même avec une aide visuelle et gestuelle. Les sons acquis paraissaient difficiles à reproduire plusieurs fois de suite. Les séances se partageaient entre des moments de travail avec des jeux (visant à essayer d’automatiser un son qu’il avait déjà réussi à produire) et de la guidance parentale.

Les premières semaines ont été centrées sur le son « mm », vu qu’il était capable de dire « meuh », en essayant de lui faire ajouter une voyelle pour dire « mè » chaque fois qu’il faisait l’action de « mettre » quelque chose dans son jeu. Si par hasard, il montrait une préférence pour un autre son, nous essayions d’automatiser ce nouveau son, essentiellement à travers le jeu ou l’activité quotidienne familière. La guidance parentale nous a permis de prendre conscience de la difficulté de notre enfant à exprimer un son, d’apprendre à travailler en permanence l’automatisation du langage.

L’orthophonie est devenue un art de vivre au sein de notre famille, chacun, y compris nos aînés, apprenant à ralentir notre débit, à accentuer les sons acquis ou en voie d’acquisition, à choisir un vocabulaire intégrant le son de la semaine, à associer un geste au son, à encourager et féliciter chaque son réussi. L’automatisation nécessitait des activités répétitives et toutefois amusantes.

Cette première phase a été très laborieuse et a duré environ une année. Nous avons vécu des moments de découragement, malgré toute la bonne volonté de notre fils. Le mot papa est apparu après plusieurs mois de travail, les progrès étaient très lents, se résumaient à l’automatisation de sons simples, dont l’utilisation restait très laborieuse dans la vie quotidienne. La dissociation automatico-volontaire restait toujours présente dans son langage.

A l’âge de quatre ans, notre fils a connu d’un seul coup une explosion dans son langage. C’était comme si, durant sa première année d’orthophonie, il avait réorganisé petit à petit son champ cérébral et qu’il arrivait soudain à exploiter ses nouvelles connexions. En deux semaines, il a appris à dire son nom, ainsi que plusieurs nouveaux mots. Le langage s’est stabilisé et les mots appris sont devenus beaucoup plus faciles à répéter pour lui. Durant les mois qui ont suivi, il a su dire plusieurs nouveaux mots simples par semaine, nous rassurant ainsi sur son acquisition auditive du langage.

A partir de là, le travail en orthophonie a consisté à améliorer l’articulation des sons plus difficiles, à trouver des moyens d’apprendre des mots dissyllabiques puis trisyllabiques (en ajoutant le geste de compter les syllabes en même temps ce qui l’aide à se concentrer et à ralentir son débit) et à introduire le verbe et la phrase.
La scolarisation précoce, l’écoute d’histoires, l’utilisation de l’ordinateur, des vidéos et de la télévision, l’encouragement à décrire ce qu’il faisait ou voyait , à raconter des histoires, les jeux de langage ( je pense à quoi, à qui ?, qui est-ce ?) et l’apprentissage de chansonnettes l’ont beaucoup aidé à construire son langage.
L’utilisation de tous ses canaux réceptifs, tant auditifs que visuels, gestuels, tactiles et affectifs sont très importants pour son développement. Il a petit à petit découvert qu’il avait du pouvoir sur les mots et qu’il pouvait conquérir le langage et jouer avec lui.
Malgré ses difficultés d’articulation et de construction, il aime parler, il aime jouer avec les mots, leur attribuer des valeurs, les classer en mots gentils ou méchants par exemple, il aime faire rire avec un mot ou une expression et utilise chaque nouveauté à de nombreuses reprises avec différentes personnes et dans différents contextes.
Il a su se créer des mots ou des expressions qui lui donnent du temps pour réfléchir à la suite de la phrase ( peut-être oui, peut-être non, à une condition, d’accord, etc).

Actuellement notre enfant a un vocabulaire riche, en adéquation avec son âge.
Il est capable de faire une phrase complète compréhensible. Il est compris par sa famille, ses copains mais aussi par des personnes qui ne le connaissent pas.
Il aime parler, essaie de faire des jeux de mots ou de l’humour.
Son trouble du langage est bien sûr encore visible, d’autant plus lorsqu’il est fatigué ou lorsqu’il veut parler trop vite.
Il rencontre aussi plus de difficultés lorsqu’il associe une action comme mettre ses chaussures à la parole. Il est d’ailleurs suivi en psychomotricité en association avec l’orthophonie, car il présente quelques difficultés motrices fines.

En orthophonie, il travaille:

  • la construction de la phrase (il a fait beaucoup de progrès dans l’utilisation du je et des pronoms « il-elle » qu’il a eu longtemps de la peine à utiliser en remplacement du nom),
  • certains phonèmes plus difficiles,
  • il a commencé l’apprentissage de la lecture.

Actuellement, il sait reconnaître les voyelles ainsi qu’une dizaine de consonnes.
En lecture aussi, on associe l’utilisation de tous ses canaux, en utilisant diverses méthodes:

  • comme la méthode phonétique et gestuelle de Borel-Maisonny par laquelle il peut associer la lettre au son et à la position de sa bouche au moment où il la prononce (gestes facilitateurs),
  • la reconnaissance des lettres par des dessins qui associent la lettre à une image sonore (la planète des alphas),
  • l’écriture de mots qui lui sont proches
  • la classification des mots en fonction de ce qu’il leur attribue affectivement: mots gentils ou méchants (parce qu’il évoquent quelque chose de désagréable ou parce qu’ils représentent une difficulté majeure d’apprentissage).

A la maison, on assiste à une explosion de questions sur la vie, la mort, la relation entre les gens, les sentiments, son futur, ce qu’il fera comme métier.
Il est très attentif aux autres, à leurs besoins et leurs désirs. Il s’inquiète de ce qui ce passe autour de lui et a un grand sentiment de justice.
Il vit et exprime ses sentiments, ses craintes, ses peurs, ses joies à travers le langage.
Il rencontre parfois plus de difficultés à construire ses phrases dans les domaines du langage abstrait, mais finit toujours par se faire comprendre par des mots.

Pour nous, en tant que parents, ce qui a changé dans notre relation à notre fils par rapport aux aînés, c’est une écoute beaucoup plus active:

  • le regarder et attirer son regard pour attirer son attention
  • écouter
  • quittancer et répéter
  • reformuler ou redire la phrase sans erreur, mais de manière positive. Simplifier les phrase
  • soutenir par les gestes et le visuel ce que l’on dit
  • vérifier
  • automatiser.

L’intégration à l’école primaire l’année prochaine devrait se faire sans trop de problèmes moyennant un suivi orthophonique et un peu de soutien scolaire. Il devra vraisemblablement être soutenu en orthophonie durant toute sa scolarité, afin entres autres de prévoir et préparer l’introduction des nouveautés du programme, mais nous sommes confiants dans ses capacités d’intégration et d’adaptation.

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