Assister à l’avènement progressif du langage chez un petit enfant tient en effet toujours un peu du miracle. Contrairement à l’acquisition de la marche, dont on retient une date précise car il y a un jour particulier où l’enfant lâche la main de l’adulte, le langage est une conquête continue, qui provoque dans les familles un émerveillement qui s’étale sur des années, en commençant par l’enchantement suscité par les premiers «a-rrre», jusqu’au ravissement provoqué par les «mots d’enfants». C’est pourtant un miracle habituel, normal, banal pourrait-on dire, puisque tous les enfants – ou presque – y accèdent «spontanément», quels que soient leurs intérêts, leurs talents, leur environnement, leur style affectif…
Mais, pour quelques-uns, le miracle ne se produit pas ou reste à peine ébauché: l'enfant ne parle pas, il parle peu, il parle tard, il parle «mal». Certains enfants ne peuvent accéder à un langage fluide, un langage capable d’alimenter les échanges qu’ils veulent nouer avec les adultes ou avec leurs pairs, un langage «facile», au service de leur pensée, de leurs sentiments et de leurs émotions.
Car le développement du langage chez l’enfant, pour être «naturel» et «spontané», n’en demeure pas moins une cascade de processus complexes et très sophistiqués, donc très vulnérables, et le moindre grain de sable, à un moment quelconque de cette délicate construction, peut avoir de sérieuses répercussions.
On commence juste, depuis quelques décennies, à comprendre un peu mieux comment le langage vient aux enfants, à repérer certains dysfonctionnements (génétiques, neurobiologiques, …) qui pourraient être à l’origine de ces difficultés, à envisager des interventions thérapeutiques: beaucoup reste encore à faire dans ces domaines. Le défi actuel – peut être atteignable à court ou moyen terme ? – est surtout centré sur le repérage de ces enfants, le diagnostic de ces dysphasies, puis la réflexion sur les abords thérapeutiques et pédagogiques les plus pertinents.
Rien ne sera possible sans les enfants eux-mêmes, leurs familles et l’investissement de tous les professionnels de l’enfance dont chacun possède une part irremplaçable de l’immense puzzle que constitue le développement du langage de l’enfant.
C’est pourquoi un réseau constitué de parents – personnellement concernés et éprouvés – de pédagogues et de professionnels (orthophonistes-logopèdes, médecins, psychologues, linguistes, généticiens…) est indispensable pour rassembler les données existantes, avancer dans la compréhension des difficultés particulières de chacun des enfants et rechercher ensemble les moyens les plus appropriés pour les aider à communiquer, à apprendre, à grandir, à se construire et à trouver leur place dans nos sociétés.

