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Réseau suisse pour la dysphasie: trouble spécifique du langage oral
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Quand les yeux des enfants parlent

Soumis par redaction le ven, 04/06/2004 - 23:00
  • Médias

Ils comprennent tout, mais ne causent pas, peu ou mal. La dysphasie touche 5% des enfants en âge d’être scolarisés. Soirée d’information le 9 juin à Monthey.

« Agenouillée devant mon fils, je tentais de le persuader de me dire «maman, je t’aime». Mon fils m’a alors, avec un petit sourire mais sans prononcer un mot, serrée très fort dans ses bras.»
Nicolas souffre de dysphasie, un trouble neurologique qui perturbe le développement du langage.

Si la moitié des parleurs tardifs auront rattrapé leur retard au moment d’être scolarisés, certains n’y arriveront pas. Le langage, un miracle ? Pas toujours.

Fondé en avril 2000, dysphasie.ch est le premier réseau suisse mis au service des personnes concernées par ce handicap, qu’elles soient parents, professionnels ou thérapeutes. L’organisme annonce une soirée sur le thème mercredi 9 juin à Monthey. Explications préalables en compagnie de Jacinthe Dupré-Savoy, orthophoniste spécialisée dans le domaine de la dysphasie.

Jacinthe Dupré-Savoy, qu’est-ce que la dysphasie ?

Il s’agit d’un trouble spécifique du langage. Le retard dans l’acquisition du langage est comblé chez un enfant avant l’entrée à l’école, soit à cinq ans. La dysphasie quant à elle va se prolonger. Elle peut être légère à sévère et, en ce sens, est susceptible de gêner plus ou moins l’enfant dans sa scolarité.

Quelles sont les manifestations de ce trouble du langage ?

Un exemple évident de manifestation de la dysphasie : un enfant de trois ans qui ne parle pas mais comprend tout. Autre cas, un enfant qui parle mais que personne ne comprend, exceptés ses parents. On recense divers types de dysphasie. Plus rarement, l’enfant articule et on le comprend, mais il cherche beaucoup ses mots.

Un contexte qui doit souvent plonger les parents dans un sentiment d’impuissance ?

La dysphasie représente un diagnostic lourd pour des parents qui réalisent que leur enfant va être gêné dans son langage durant une longue période de sa vie. Pourtant, c’est généralement le soulagement qui domine lorsque le trouble est détecté. Parce qu’ils se sentent souvent très coupables. Lorsqu’un parent essaie de faire progresser son enfant en lui faisant répéter des mots et que cela ne fonctionne pas, cela devient très difficile à vivre pour l’un et l’autre. Sans compter qu’une escalade de frustrations est susceptible de s’ébaucher.

Le diagnostic est-il facile à poser ?

Le diagnostic de dysphasie ne pourra pas être réellement posé avant le 5e anniversaire de l’enfant, lorsque la possibilité d’un retard de langage aura été exclu. Auparavant, l’orthophoniste aura cherché les anomalies dans le langage de l’enfant afin de poser des suspicions de diagnostics.

C’est souvent après 6 mois, une année de traitement, que le professionnel va pourvoir déterminer, selon l’évolution de l’enfant, s’il va rattraper son retard ou si le trouble va persister. Le cas échéant, l’enfant aura besoin d’être suivi par un professionnel durant sa scolarité.

Quelle est l’importance d’un diagnostic, voire d’une suspicion, précoce dans le traitement de la dysphasie ?

Les recherches ont démontré que plus on intervient tôt, meilleurs sont les résultats. On espère ainsi que l’enfant arrive alors en première année primaire avec un minimum de difficultés au niveau du langage afin qu’elles interfèrent le moins possible sur l’apprentissage scolaire, notamment de l’écriture. De plus, l’intervention orthophonique chez les 2-4 ans est beaucoup plus efficace que chez les enfants plus grands. Tout simplement parce qu’il existe des phases critiques dans l’acquisition du langage chez l’enfant. De manière plus générale, tout se joue avant l’âge de 6 ans.

Est-ce qu’il existe des adultes dysphasiques ?

On reste dysphasique toute sa vie. Mais les enfants souffrant de dysphasie légère et qui ont été suivis deviennent des adultes qui peuvent très bien gérer leur langage. Bien que pour eux, il soit encore coûteux de tenir un long discours. Lorsque le trouble est plus prononcé et n’est pas traité, il se peut alors qu’une fois adulte, la personne dysphasique apparaisse comme quelqu’un de très peu causant, voire de timide.

Propos recueillis par Emmanuelle Es-Borrat

Informations et témoignage

Le réseau dysphasie.ch organise une soirée d’information sur la dysphasie pour parents et professionnels le mercredi 9 juin à 20 heures dans l’auditorium du collège de l’Europe à Monthey.
Avec la participation de Jacinthe Dupré-Savoy, maître orthophoniste, et Johanna Junod, présidente du réseau dysphasie.ch. Anne-Christine Pélissier, maman de Nicolas, enfant dysphasique, apportera également son témoignage.

Pour en savoir plus:
Réseau suisse pour la dysphasie
case postale 419
2022 Bevaix
www.dysphasie.ch

Quand faut-il s’inquiéter ?

Chez un enfant possédant une audition normale, il convient de s’interroger si…

  • Il ne semble comprendre que les personnes familières, on ressent le besoin d’accompagner par des gestes les mots qu’on lui adresse.
  • Son premier vocabulaire contient moins de cinquante mots et pas de verbes
  • Il ne dit pas de phrases significatives de deux à trois mots («pas bon», «donner camion») et ce, indépendamment de la qualité de sa prononciation.
  • L’apprentissage du langage est lent, laborieux ou stagne. Par exemple, il peine à apprendre de nouveaux mots.

Entre 3 et 4 ans :

  • Il a une parole inintelligible ou hors du contexte. Seuls les membres de sa famille le comprennent. Il ne pose pas de question telles que «quoi?», «où ?», «comment?»
  • Il garde un style télégraphique («Aller dehors moi»)
  • Il a de grands décalages entre différents aspects du langage. Par exemple, entre une compréhension excellente et une expression orale très limitée.
  • Il cherche ses mots, n’arrive pas à dire un mot qu’il connaît
  • Il est «économe». Il évite de parler, il a tendance à répondre simplement par un «oui» ou un «non».

Il est à l’école et n’a pas été dépisté :

  • Il est incapable de fournir des explications verbales claires, d’organiser son discours.
  • Il comprend difficilement les consignes orales ou écrites, les textes.

Article publié sous la rubrique chablais magazine, le 5 juin 2004
© le Nouvelliste (reproduction avec l’aimable autorisation de l’auteur - Emmanuelle Es-Borrat)

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